La construction identitaire à travers l’image inconsciente du corps.
- salimaguyon7
- 24 févr.
- 3 min de lecture
Lorsque nous pensons à l’identité, nous imaginons souvent une histoire, un caractère, une personnalité. Mais avant de dire « je », nous avons été un corps. Un corps regardé, un corps porté, un corps touché. C’est à partir de là que commence la construction identitaire.
Le corps, premier lieu de l’existence
Dans L’image inconsciente du corps, Françoise Dolto distingue deux réalités fondamentales :
- Le schéma corporel : biologique, neurologique, commun à tous.
- L’image inconsciente du corps : subjective, relationnelle, façonnée par l’histoire.
L’image inconsciente du corps n’est pas ce que je vois dans le miroir. C’est la manière dont je me sens exister corporellement dans le lien à l’autre.
Elle se construit très tôt, à travers le regard parental les mots adressés à l’enfant, la qualité du toucher, les expériences de satisfaction et de frustration, la manière dont les émotions sont accueillies. Avant d’avoir eu une pensée sur nous-même, on a eu un ressenti corporel de nous-même.
Être contenu pour se sentir exister
Wilfried Bion, psychiatre et psychanalyste britannique, introduit le concept de la fonction alpha et de la relation contenant- contenu :
Un nourrisson ne se vit pas d’emblée comme un sujet séparé. Il se vit à travers des sensations : faim, chaleur, tension, apaisement, douleurs…
Le bébé projette ses émotions brutes dits contenus brut (angoisse, tension, faim : éléments beta) dans la mère (contenant).
Face à cela, la mère ou l’éducateur ne se contente pas de répondre mécaniquement mais tente de comprendre, de mettre du sens, de métaboliser l’émotion : « Tu dois avoir faim », « Tu as besoin que je change ta couche » etc…Grâce à ce que Bion appelle « sa capacité de rêverie », la mère va transformer psychiquement ces éléments douloureux, insoutenables (métabolisation) et les restituer au bébé sous une forme apaisée.
La fonction alpha représente le mécanisme psychique qui transforme ces éléments bêta en éléments alpha, c’est-à-dire en matériaux pensables et intégrables dans la pensée.
L’enfant développe ainsi progressivement sa propre capacité à contenir ce qu’il ressent.
C’est alors qu’une expérience fondamentale se tisse, il ne se sent plus envahi par son corps, il commence à l’habiter.
Mais si l’environnement est trop anxieux, trop distant ou incohérent, l ’image inconsciente du corps peut se fragiliser. L’enfant peut alors intégrer inconsciemment : « Je suis trop. », « Je dérange. », « Je dois me contrôler pour être aimé. ». L’identité commence là.
L’image du corps comme fondation des limites
Se construire, c’est sentir où je commence, où l’autre finit, ce qui m’appartient, ce qui ne m’appartient pas. L’image inconsciente du corps permet cette différenciation.
Quand elle est stable, elle soutient une estime de soi plus solide, une capacité à dire non, une régulation émotionnelle plus apaisée
Quand elle est fragile, les limites deviennent floues.
Certaines personnes se sentent envahies. D’autres vides. D’autres encore cherchent désespérément une maîtrise et le corps devient alors un territoire à contrôler.
Le corps n’est pas un ennemi
Dans cette perspective, le corps n’est pas l’adversaire, il est le messager d’une histoire.
Il raconte les intrusions vécues, les manques de contenance, les peurs d’abandon, les conflits entre dépendance et autonomie.
Dans un travail analytique l’image inconsciente du corps est travaillée à plusieurs niveaux (cadre sécurisant, alliance thérapeutique, repérage des sensations corporelles et association libre autour d’un symptôme.) en transformant l’expérience relationnelle qui la soutient.
Cela permet d’habiter son corps autrement, de restaurer ses limites internes, de redonner une cohérence à ses ressentis afin de renforcer son identité. En effet l’identité n’est pas seulement une construction mentale, elle est aussi une manière d’habiter son corps dans la relation.
Une identité qui se réécrit
Ainsi, peu à peu le corps devient moins menaçant, les limites plus claires, le besoin de contrôle peut s’assouplir et l’identité gagne en stabilité. Se construire ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre, c’est pouvoir enfin habiter pleinement le corps que l’on est.
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