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Prendre soin de son apparence : entre regard de l’autre et regard sur soi

  • salimaguyon7
  • 25 mars
  • 4 min de lecture
les rituels esthétiques et la psyché

Prendre soin de soi est un sujet qui me tient particulièrement à cœur.

Comment, au quotidien, chacun prend-il soin de son être… et de ce qu’il donne à voir ?


Pour ma part, cette réflexion a émergé très tôt. J’avais 12 ans, j’étais au collège, et je découvrais peu à peu qu’il m’appartenait de prendre soin de mon apparence.

L’adolescence est une période charnière : on s’éloigne progressivement du cadre familial pour aller chercher ailleurs des repères, tenter de se définir, de se sentir exister dans son individualité.

Je me souviens d’une camarade qui portait toujours un parfum. J’aimais profondément la sensation que j’éprouvais en sa présence : une odeur fraîche et fruitée, à la fois vivifiante et apaisante. Il y avait là quelque chose de rassurant, presque enveloppant.

J’ai alors eu envie de prolonger cet état, de le rendre mien.

C’est ainsi que j’ai commencé à choisir des gels douche plus parfumés que les traditionnelles savonnettes, à subtiliser les eaux de toilette au chèvrefeuille de ma sœur aînée…

Peu à peu, ces gestes sont devenus des rituels. Ils m’ont permis de me sentir plus à l’aise, plus affirmée dans mes relations. Mon parfum signait ma présence, avec douceur et légèreté.

Je me sentais bien, comme contenue dans une enveloppe familière. Avec le recul, je comprends que ce n’était pas seulement une question d’apparence. C’était une manière de m’ancrer dans le regard des autres et, déjà, de commencer à construire un regard sur moi-même. Une façon, peut-être, de m’assurer que j’existais.

 

« Le moi est avant tout un moi corporel. »

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça (1923)

 

Notre corps est le premier lieu de notre existence. Il est à la fois ce que nous habitons de l’intérieur et ce que les autres perçoivent de nous.


Avant même les mots, il y a une présence. Une silhouette, une démarche, une odeur parfois. Le corps parle, souvent à notre insu.

En psychanalyse, le corps n’est pas envisagé comme une simple réalité biologique. Il est profondément investi psychiquement. Sigmund Freud évoque un corps érogène, traversé par les expériences, les émotions, les traces de l’histoire personnelle.


Mais ce corps ne se construit pas seul. Très tôt, le regard de l’autre vient lui donner forme.

Le nourrisson ne se perçoit pas immédiatement comme un être unifié : c’est à travers les soins, les gestes, mais aussi le regard porté sur lui qu’il va progressivement faire l’expérience de son existence.

Le psychanalyste Donald Winnicott a montré combien le regard maternel joue un rôle essentiel : être vu, reconnu, accueilli dans son expression permet à l’enfant de se sentir réel.

Dans cette continuité, Françoise Dolto parle de l’image inconsciente du corps : une représentation intime, subjective, façonnée par notre histoire relationnelle. Ce n’est pas seulement ce que nous voyons dans le miroir, mais ce que nous ressentons de nous-mêmes.

Ainsi, prendre soin de son apparence ne se réduit pas à une seule démarche esthétique. C’est aussi, parfois sans en avoir conscience, prendre soin de cette interface entre soi et le monde. C’est tenter d’ajuster ce que l’on ressent à l’intérieur avec ce que l’on donne à voir à l’extérieur.

 

Les rituels esthétiques : se réparer, se retrouver

Se parfumer, s’hydrater la peau, se maquiller, choisir un vêtement…, ces gestes, souvent considérés comme anodins ou superficiels, peuvent en réalité avoir une fonction bien plus profonde : Ils viennent marquer une attention portée à soi.


Dans certains moments difficiles de la  vie , ces rituels peuvent agir comme de véritables points d’appui. Ils offrent une forme de continuité, de douceur, de réassurance.

Le psychanalyste Didier Anzieu évoque l’idée du Moi-peau : la peau constitue une enveloppe psychique, contenant nos émotions. Prendre soin de son corps, c’est aussi venir restaurer symboliquement cette enveloppe.


Il ne s’agit pas de se transformer, ni de répondre à une injonction extérieure, mais plutôt de se rencontrer. Le faire avant tout pour nous-même. Ces gestes peuvent alors devenir une forme de consolation, une manière silencieuse de se dire : je prends soin de moi, même quand c’est difficile.

Et, peu à peu, quelque chose se restaure. Un sentiment de présence à soi. Une estime qui ne passe pas uniquement par le regard des autres, mais qui commence à émerger de l’intérieur.

J’entends encore souvent :« Je n’ai pas le temps de faire tout ça », « Ce n’est pas vital », « Ce n’est pas en faisant tout cela que je n’aurai plus de rides » etc...

À cela, je réponds que le temps que l’on s’accorde à soi ne se subit pas : il se choisit.


Derrière ces propos, je perçois aussi combien les soins esthétiques restent marqués par un certain jugement. Ils sont encore facilement associés à quelque chose de superficiel, de secondaire, voire d’oisif.

Mais ce regard en dit souvent plus qu’il n’y paraît. Il peut révéler un rapport à soi exigeant, parfois dur, où prendre soin de soi est relégué au second plan, comme s’il fallait d’abord répondre à d’autres priorités pour mériter de s’y autoriser.

Or, ces gestes ,aussi simples soient-ils , constituent souvent l’une des portes d’entrée les plus accessibles pour renouer avec soi-même.

Se toucher, se regarder, se choisir…Autant d’expériences qui viennent réintroduire de la présence là où il peut y avoir de la distance.



C’est souvent à partir de là que quelque chose se transforme car la qualité du lien à soi conditionne en profondeur  la manière dont nous entrons en relation avec les autres.

 

 
 
 

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